Lundi 12 octobre 2009
1
12
/10
/Oct
/2009
10:44
Photo : Nicolas Milhé, Respublica, 2009. © La Nouvelle Agence
L’œuvre Respublica joue sur l’évidence de ce qu’elle désigne : la République, ou plus génériquement la «
chose publique » (res publica), éclairée pareillement aux enseignes commerciales ou liées au spectacle. En revenant à la formule latine originelle, l’œuvre s’affiche comme une énigme et invite à
réinterroger notre mémoire collective sur le sens de ce terme devenu socle de nos sociétés occidentales. Chaque individu peut faire l’expérience de sa propre lecture, orientée par l’emplacement
et la position de la pièce.
Respublica se donne à voir dans deux contextes différents. Dans un premier temps, installée sur les quais, aux abords de la place des
Quinconces où se déroule aussi la fête foraine de Bordeaux, elle sera placée à hauteur d’homme. Directement sur le sol, l’œuvre engage une relation frontale et physique avec les citoyens, voire
même éblouissante. À proximité des manèges et des lumières de la foire, elle joue sur un même effet « moderne », sans jamais véritablement y être assimilée : le mot qu’elle arbore en silence la
distingue des autres slogans multicolores, publicitaires et sonores.
Ensuite, installée aux bassins à flots, sur les silos à grains devenus socle, l’œuvre prendra de la hauteur et se positionnera comme une
enseigne omnisciente sur la ville, invitant à une lecture plus analytique. Visible depuis l’axe du Port de la Lune, elle flotte entre terre et ciel, sur la ligne d’horizon, comme pour nous
inciter à évaluer la grandeur de ce mot.
Avec cette œuvre, Nicolas Milhé explore un art architectural et urbain, comparable à la pratique du graffiti souvent construit autour de
mots et porteur d’un message social et politique. Ici, l’intervention ne se limite pas au signe dans la ville, elle est plus qu’une piqûre de rappel. Sa portée engage un dialogue, interrogeant la
ville en tant que lieu social par excellence qui, par définition, devrait échapper à la « marchandisation » : Respublica renvoie la ville à son caractère public et les spectateurs à leur
citoyenneté.
République n.f, latin res publica « chose publique ». Forme de gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas
détenus par un seul, et dans lequel la charge de chef de l’État n’est pas héréditaire. (Le nouveau Petit Robert de la langue française 2010)
Une œuvre conçue dans le cadre de la commande publique
La commande publique est la manifestation de la volonté de l'Etat, associé à des partenaires multiples (collectivités territoriales,
établissements publics ou partenaires privés), de contribuer à l’enrichissement du cadre de vie et au développement du patrimoine national, par la présence d’œuvres d'art en dehors des seules
institutions spécialisées dans le domaine de l’art contemporain. La commande publique désigne
à la fois un objet - l'art qui, sortant de ses espaces réservés, cherche à rencontrer
la population dans ses lieux de vie - et une procédure, marquée par différentes étapes, de l'initiative du commanditaire jusqu'à la
réalisation de l'œuvre et sa réception par le public.
Au terme de sa présentation sur les silos en décembre 2009, Respublica fera l’objet d’un don
au Frac Aquitaine. Elle sera ensuite destinée à être réinstallée ailleurs.
Croquis : Nicolas Milhé,
Respublica, 2009. © La Nouvelle Agence
Caractéristiques de l’œuvre
Respublica (2009)
Dimensions : 3,70 m de hauteur x 12,20 m de long x 1,30 m de profondeur.
Aluminium et ampoules LED.
Les lettres de cette enseigne sont formées par des caissons d’aluminium et des lampes LED en périphérie. Des ogives en Plexiglas recouvrent les LED pour renforcer l’aspect “ampoules”. Les lettres
sont fixées sur une structure fine en profils d’aluminium boulonnés.
Nicolas Milhé
Né en 1976, diplômé de l’école des Beaux-arts de Bordeaux, Nicolas Milhé est un artiste bordelais, d’origine béarnaise et basque, qui bénéficie d’une reconnaissance sur la scène artistique
nationale. Formé au Pavillon en 2003, unité pédagogique du Palais de Tokyo à Paris, il s’illustre dans un art de la manipulation, empruntant des esthétiques déjà connues (culture populaire,
minimalisme etc..) sous un angle critique, voire politique. Ses œuvres, à l’aspect minimaliste et immédiat, révèlent une distance qui dérange l’ordre des représentations et des conventions.
L’artiste malmène nos certitudes ; il pointe et réinvestit des « lieux communs », c’est-à-dire des idées ou principes acquis ou pré-établis, parfois dévoyés, qui fondent notre culture commune.
Ses œuvres sont très largement « contextuelles », s’inscrivant et répondant à un cadre précis, qu’elles travaillent en retour. Ce faisant, l’artiste y ajoute une plus-value de sens, à mi-chemin
entre l’intuition et l’intellect, l’affect et le concept.
Ce travail, par-delà cette poétique du détournement, dérive vers une quête du sensible qui interpelle nos contemporains et l’intègre pour en accomplir sa lecture.
Les œuvres de Nicolas Milhé sont présentes au sein des collections publiques
(le Fonds national d’art contemporain, le Fonds régional d’art contemporain d’Aquitaine, le Fonds Municipal d’Art Contemporain de la ville de Paris et le CAPC Musée d’art contemporain de
Bordeaux).